Témoignages & articles

Yoga maternité féminité

Naissance par « césarienne douce »

Projet de naissance discuté avec le Dr Behlia Hôpital de Morges, le 14 janvier 2019

Témoignage Myriam Bourgeois, Maman de Timeo

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Il y’a 2 ans et demi, nous avions le magnifique projet de mettre au monde notre enfant à la maison. Suite à une stagnation de la dilatation du col et de l’utérus rétracté, nous avons quitté notre petit nid douillet illuminé à la lueur des bougies et aux odeurs d’huiles essentielles pour rejoindre l’hôpital de Morges, puis le bloc opératoire. Gros choc, grande déception... nous n’y étions pas préparés.
Etant, à ce moment-là, en pleine formation de Yoga Maternité à l’école d’Evian, j’ai choisi d’écrire mon petit mémoire sur le « Yoga Maternité et les césariennes » afin de guérir de cet accouchement et de me préparer à un éventuel futur accouchement qui allait devoir se faire obligatoirement par césarienne (dû aux complications de ce premier accouchement, césarienne en T).

C’est alors que j’ai fait des recherches sur les césariennes. Comment les rendre plus douces, plus participatives et plus en conscience. J’ai trouvé beaucoup de réponses dans les livres et sur des sites internet. J’ai voulu compléter ma compréhension en interviewant des femmes ayant, elles aussi, vécu la césarienne. Puis je me suis retournée vers les spécialistes du domaine, dont Dr. Behlia qui a mis au monde notre premier enfant. Je lui ai demandé s’il était envisageable de mettre en place le peau à peau dès la naissance, de pouvoir voir l’enfant sortir du ventre, de tamiser un peu la lumière de la salle d’opération, bref, de rendre la césarienne plus chaleureuse, humaine et moins centrée sur le côté médicalisé. A ce moment-là, pour des raisons techniques, rien ne semblait possible à l’hôpital de Morges.

2 ans plus tard, alors que je suis enceinte de 8 mois et que nous évoquons, avec Dr Behlia, notre projet de naissance au plus proche de nos valeurs et de nos envies, je découvre que nous aurons peut-être la chance de vivre l’une des premières césariennes dite « douce » avec la possibilité de voir notre bébé sortir et faire du peau à peau. Je suis aux anges... Quel chemin parcouru durant ces deux dernières années. J’en profite pour féliciter et remercier le Dr Behlia ainsi que l’équipe des sages-femmes pour toute l’énergie investie dans ce magnifique projet.

Le grand Rendez-Vous...
Nous voilà au jour J, l’arrivée par « césarienne douce » de notre bébé !
Il est 10 heures, nous sommes, le sourire aux lèvres, au bureau des admissions puis montons en chambre pour la préparation de l’arrivée de notre petit trésor. C’est Marie, sage-femme, qui nous accueille et nous installe. Premier petit ange de la journée... Elle a eu les mots justes pour nous mettre en confiance, merci. Nous sommes décontractés, on rigole et on attend le grand moment avec impatience. Dr. Behlia passe nous dire bonjour et nous confirme que notre projet de naissance a été communiqué à toute l’équipe présente pour cette césarienne. Là aussi, des mots qui nous rassurent et nous gardent confiants pour cet accouchement que nous souhaitons différent de notre première expérience. Puis arrive la pédiatre avec toutes les craintes que peuvent avoir les pédiatres étant mis face aux différentes difficultés et problématiques des naissances. Elle nous informe que les risques sont beaucoup plus élevés si nous gardons le bébé en peau à peau vu la froideur de la salle d’opération... bref, elle fait son travail mais personnellement, je pense que ce sont des informations qui devraient être transmises avant le jour J pour ne pas déstabiliser les couples. Etant totalement confiants dans notre démarche, nous n’avons pas fait cas et avons gardé l’information d’être vigilants par rapport à la température du bébé et étions prêts à changer de voie et laisser le Papa partir avec notre bébé dans un lieu chauffé. On attend encore un peu, l’adrénaline monte... puis c’est notre tour

On me propose de descendre à pied, ce qui est une excellente idée et qui change toute la dynamique dans laquelle je suis arrivée au bloc opératoire ! On m’accueille avec le sourire et avec humour, ce qui détend aussi tout de suite l’atmosphère de l’endroit.
On me prépare sur la table pour l’anesthésie rachidienne alors que Michaël s’habille pour la salle d’opération. Un moment peu agréable mais incontournable. Je mets en pratique les exercices d’haptonomie pour rester bien connectée au bébé, me centrer sur mes sensations d’appui sur la table tout en prenant conscience de l’espace et des personnes qui m’entourent, ce qui m’aide beaucoup pour ne pas partir dans des peurs. Une fois mes jambes endormies, on m’emmène au bloc accompagnée par un infirmier anesthésiste, qui me rassure, me parle, m’informe de ce qu’il se passe, j’ai beaucoup apprécié. Michaël me rejoint enfin. Notre séparation a semblé longue. Moment fort difficile pour Michaël, bloqué derrière la porte, se sentant si impuissant et qui n’avait qu’une envie, venir me soutenir. Il est content qu’on l’informe de ce qu’il se passe de mon côté. Cependant, voyant l’avancement des préparation, la peur de ne pas pouvoir être présent pour le commencement lui traverse l’esprit (peut-être y’a-t-il moyen de faire différemment ?)
Le champ est installé, la césarienne peut commencer. Michaël et moi sommes collés l’un à l’autre, on se soutient... mes mains sont libres je peux le toucher. Sa présence est un cadeau inestimable. Un gros mélange d’émotions puis voilà que le GRAND MOMENT arrive. Dr Behlia demande de tamiser la lumière et ils baissent le champ ... Nous allons enfin découvrir le visage, le sexe, l’énergie de notre bébé.
Voilà que le plus beau spectacle commence, la sortie de notre petit trésor. Emue par la magie de la Vie et la beauté de la scène, les larmes me viennent. Puis je passe de spectatrice à actrice, le Dr. Behlia me demande de pousser, ce que je fais sans vraiment sentir de contraction dans mon ventre ni savoir si ce que je fais est « juste ». Cependant, je suis active, j’y mets tout mon cœur et je suis à 100% avec notre bébé pour l’encourager, l’accompagner sur son chemin qui le mène vers nous. Dr. Behlia le guide vers la sortie puis le premier cris... L’émotion est forte, inoubliable.
Voilà que notre petit Timeo est dehors et j’ai pu participer, à ma manière, à cette magnifique naissance accompagnée et encouragée par mon chéri. La Nounou nous le présente et me le dépose sur la poitrine, je peux faire un bref peau à peau avant le contrôle rapide de la pédiatre. Timeo pleure un peu puis Michaël me le ramène bien emmitouflé sur le torse et depuis ce moment-là, c’est l’apaisement total, il est calme et serein. Le contrôle fréquent (mais très discret) de la température de Timeo est fait par les sages-femmes. Tout va bien, je le garde jusqu’à la fin des points de sutures, nous sommes des parents super heureux, reconnaissants et comblés !
Un grand sourire du Dr Behlia par-dessus le champ, nous avons réussi ce magnifique projet.

Puis nous partons, le sourire aux lèvres, à la salle de réveil tous les trois. Anouck, sage-femme et nounou du jour, nous accompagne avec beaucoup de bienveillance et de professionnalisme. Ils installent une sorte de ventilateur à air chaud dans le duvet, température parfaite pour Timeo. Tout se passe à merveille... Timeo cherche à téter, je peux le mettre au sein directement. Quel magnifique cadeau de pouvoir combler nos besoins respectifs d’amour, de chaleur, de proximité, de sécurité, d’allaitement dans les minutes qui suivent la naissance. Je reste persuadée que le fait de ne pas être séparés de son bébé à la naissance a un impact considérable pour le bébé et la Maman.

Je remonte en chambre avec Timeo deux heures plus tard, prête à accueillir notre « grand » garçon pour les présentationsJNous voilà à 4, comblés par l’arrivée de Timeo.
Je me lève pour la première fois 6 heures après l’opération. Je peux aller à la salle de bain sans trop de douleurs puis le lendemain, je me ballade dans les couloirs et assiste au premier bain de Timeo donné par son Papa.
Je ne dirais pas forcément que la césarienne soit douce car malgré tout ça reste une opération qui demande un peu de temps pour bien récupérer mais par contre je dirais que c’est une césarienne participative, dans le respect au plus proches des besoins du bébé et de la Maman.

En relisant mon mémoire du yoga maternité, je vois l’annexe d’un projet de naissance proposé par l’association Cesarine qui me faisait rêver il y’a deux ans... aujourd’hui, je l’ai vécu !

Nous ne pouvons que vous encourager à continuer ce magnifique projet au sein de l’hôpital de Morges.

Un immense MERCI, tout d’abord au Dr Behlia pour son écoute, sa bienveillance, son professionnalisme, sa douceur et pour tout ce qu’il a œuvré pour mettre en place la naissance de Timeo de manière la plus douce possible.

Un grand merci aussi à toute l’équipe présente de près ou de loin lors de ce moment Magique et Inoubliable !!!

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Témoignage de la naissance de Soan

Enfin me voici prête à rédiger le témoignage de la naissance de notre bébé tant attendu ! Tellement attendu qu’il prend maintenant toute la place, toute notre énergie, tout notre temps, j’en oublie même parfois de respirer, bravo la prof de yoga !!

Soan a mis 4 ans à rejoindre notre foyer, c’est un bébé de l’attente, de l’espoir, de la confiance en la vie, et aussi de l’acceptation. Il a fait tomber toutes nos peurs, nos attentes, nos idéaux, car pour nous préserver nous ne pouvions qu’accepter ce que la vie nous offrirait, et finalement il est arrivé. La grossesse, bien que très confortable et harmonieuse, a été troublée par un suivi médical invasif et beaucoup trop lourd à notre goût, ce qui nous a valu de nombreuses discussions avec nos gynécos, et étant grossesse à risque, la gynéco ne souhaitait pas la laisser aller au terme. J’avais jusqu’à la semaine 39 pour accoucher, sinon c’était provocation. Bien sûr nous ne le souhaitions absolument pas, et je tentais à chaque rdv, de plus en plus rapproché d’ailleurs, de négocier jusqu’au terme... Bref, nous sommes à la fin de la semaine 37, tout va bien pour bébé et moi, je le sens de plus en plus bas, quelque chose me dit au fond de moi qu’il sera là dans la semaine, et en moi résonnaient les chiffres 15 ou 16 novembre, depuis un bon moment déjà d’ailleurs, quelle étrangeté que cette connexion !

Un matin je me lève et sens quelque chose couler entre mes jambes, je vais aux toilettes et j’observe un fil visqueux, c’est le bouchon muqueux ! Je me renseigne et me rends compte que ce n’est pas une indication suffisante pour prévenir de l’arrivée de notre bébé, et tout au long des 3 jours suivants je continue à perdre du bouchon muqueux régulièrement. Pendant ce temps, je sens que bébé pèse de plus en plus, j’ai du mal à me déplacer...

Tout au long de ma grossesse je me suis fait suivre en acuponcture, et j’ai des rdv plus rapprochés en cette toute fin de grossesse. Un rdv est programmé le 14.11. Dans la nuit je vais aux toilettes et constate un léger écoulement chaud, transparent et liquide, je suis étonnée mais n’y prête pas plus attention que ça. Je me lève le matin et sens à nouveau cet écoulement, cela commence à m’interpeler, mais je ne réagis pas. Au fond de moi je ne suis pas vraiment pressée d’accoucher, si ce n’est pour que ma gynéco me laisse tranquille, cet état de grossesse me comble et je suis triste à l’idée de le quitter...

Donc je me rends à ma séance d’acupuncture à 1h de route de chez moi. Mes parents sont chez moi pour quelques jours et m’y amènent. Pendant ce temps j’ai un écoulement régulier de liquide...

A peine arrivée, l’acupunctrice, qui est une élève de yoga et une amie, me demande des nouvelles. Je lui parle de ce liquide et de mon état tout à fait optimal. Elle prend immédiatement le téléphone et me dit : « ok, alors, avant de faire quoi que ce soit, tu vas appeler la maternité et voir ce que les sage- femmes vont te dire ». J’appelle et le diagnostic tombe immédiatement : c’est certainement un écoulement de liquide amniotique, il faut venir au plus vite à la maternité, et y rester jusqu’à l’accouchement. Quoi !? Je suis choquée...je vais accoucher bientôt...mais non, je ne suis pas prête, je n’ai pas de contractions, je ne suis pas chez moi, je n’ai pas mes affaires avec moi...oh non je n’avais pas imaginé ça comme ça... « Pas de panique », me dit mon amie, « je vais te faire une courte séance d’acupuncture pour que tu sois prête à l’accouchement, je vais activer tous les points de l’accouchement, et tu files à la mat’ ». Ok, je me résigne, pas le choix...

J’appelle Stéphane, lui explique la situation, il me répond : « ok donc tes parents t’amènent à la mat’, c’est parfait, moi je suis à Fribourg de toute façon, donc tu m’appelles si besoin et je viens te voir. » Si besoin ? Bien sûr que j’ai besoin de toi, on a fait un enfant à 2 non ? C’est quoi cette non-réaction, cette nonchalance dans un tel moment ? Bon, je décide de le laisser maturer la situation, et me concentre sur ma séance, qui se passe bien, je me sens prête, je remercie chaleureusement mon amie, qui m’aura accompagnée toute ma grossesse.
Mes parents m’amènent à la maternité, il est midi, mon père me prend en photo devant l’entrée, ça m’agace un peu mais bon...en fait j’ai envie d’être seule, ou d’être avec Stéphane, mais le fait de me faire amener à la maternité par mes parents me crée un étrange sentiment qui ne me plait pas. J’avais pas coupé le cordon avec eux il y a longtemps déjà ?

Je me fais examiner et le verdict tombe : oui c’est du liquide amniotique, vous restez là, on doit vous administrer un antibiotique, et on vous accorde 16h au total depuis la première fuite pour que le travail commence, sinon on provoque...

Bon. Me voilà coincée ici, sans affaires, sans rien. Je renvoie mes parents, j’ai envie d’être seule pour accueillir cette nouvelle et me préparer à ce qui va venir. Soudain je sens le coup de blues venir, je me sens seule, surtout dans cet environnement trop connu...en effet je suis venue 3 fois ces 4 dernières années pour subir un curetage après des fausses couches dans ces mêmes locaux...tout me remonte, je salue ces âmes qui ont cherché à venir s’incarner et qui ont fait demi-tour, je me demande si c’est la même âme qui est là maintenant. Mais non, je ne crois pas...je ne sais pas pourquoi ce bébé-là a pu rester et grandir en moi, mais il est là et bien là, d’ailleurs je l’ai senti bouger très tôt, et jusqu’à maintenant. En tout cas il est bien vivant. J’appelle à nouveau Stéphane, je lui explique que c’est dur d’être là toute seule à attendre, j’ai envie qu’il soit là. Cette fois-ci il sent un peu plus mon insistance et me dit qu’il sera là au plus vite. Ouf...en effet il arrive vite. J’ai besoin d’être dans ses bras...

Puis les heures passent...mais rien ne se passe...rdv est pris pour 22 h, délai maximum avant provocation. Stéphane fait un aller-retour à la maison et ramène mes affaires, rien ne bouge, le liquide continue à couler régulièrement...c’est long...

A 22h la sage-femme m’examine, en effet rien n’a vraiment bougé, mais le col est favorable, rétréci, on est sur la bonne voie. Mais je n’ai aucune contraction. Le délai légal autorisé est dépassé, je dois être provoqué. Mince, moi qui avais tout fait pour essayer d’éviter ça, mais bon, je n’ai aucune marge de manœuvre. On m’insère une languette de « propès »au niveau du col, que je peux garder jusqu’à 24h, et je rentre dans ma chambre. La nuit se passe ainsi, à l’affût d’une contraction, d’une sensation, je dors peu, je me demande ce qu’il va m’arriver, le matin arrive, toujours rien, je suis examinée et je dois continuer à attendre...c’est long !!!

Vers 11h je vais aux toilettes, et là, flûte, la languette glisse et tombe dans les toilettes, je me sens bête, mais c’est un fait, alors je pars l’annoncer à la sage-femme. Elle constate la perte, en profite pour examiner mon col, toujours « favorable » mais pas en travail, et décision est prise de percer la poche des eaux totalement, car on ne peut plus attendre indéfiniment ni m’injecter un autre produit. Ok, je me laisse faire, la sage-femme met un gant avec de petites dents au bout de l’index, ce qui accroche la poche et la perce. En effet, le liquide se met à couler, la poche est enfin percée ! Il est 11h19.

Et là il ne se passe pas long avant que je sente ma première contraction, et immédiatement je comprends...ah voilà, c’est ça les contractions !? Je sens que ça ne va pas être une partie de plaisir...

Les contractions arrivent et sont tout de suite intenses et très rapprochées, je suis surprise par la soudaineté et la force de ce qui m’arrive. Les sage-femmes me proposent d’aller marcher, me promener, prendre l’air, mais je n’en ai déjà plus envie, plus l’élan, je n’ai envie que de me mettre dans ma bulle, rassembler mes forces, rester concentrée, car je sens que les dernières 24h ont déjà été éprouvantes et que mes ressources sont limitées. Je demande un ballon, un tapis, j’ai de la place dans la salle d’accouchement, Stéphane est auprès de moi, aux petits soins, je m’installe, prête à passer mon après-midi ici. Les contractions elles aussi s’installent confortablement, prennent leurs aises même, je les sens déjà très fortes, à en avoir la nausée, je panique un peu à l’idée de ce qui va arriver alors que je ne suis qu’au début du travail...

On me propose de manger, je finis par accepter, car j’ai bien conscience qu’il va me falloir des forces. Je mange assise sur le ballon, et j’arrive à prendre une bouchée entre chaque contraction, puis à repousser l’assiette et m’ancrer sur mon ballon à chaque contraction. Ouf, je parviens à manger, je sens que ça m’a aidé à quitter la nausée. Mais par contre les contractions continuent de s’intensifier, j’ai du mal à rester debout, pourtant je sais que la mobilité m’aidera à rester active de mon accouchement. Je reste un moment debout, penchée en avant en accrochant la tablette entre les contractions afin de soulager mon dos et respirer, ça va... Stéphane me masse, est ultra présent, aux petits soins. Il me donne des granules d’homéopathie toutes les 20 min, me soutient, me porte presque lorsque la contraction arrive et envahit tout mon corps. Wawww...mais quelle intensité ! Je suis surprise, presque choquée par la force de ces contractions, je crois que je ne m’attendais pas à autant d’intensité...vais-je avoir la force de tenir ?

A bout de force, ne sachant quoi faire de mon corps tremblotant, je retourne me coucher sur la table, au moins je peux poser mon corps entre 2 contractions et respirer. La sage-femme m’encourage et me félicite de mes respirations et de mes « A » qui sonnent en continu et accompagnent chaque vague pour la transcender, comme pour lui dire « tu vois, je n’ai pas peur de toi ! ». Mais si, j’ai peur, j’ai mal, je tremble, je pleure, je me sens déjà dépassée par la situation, je sens que je subis, j’ai du mal à reprendre le dessus..mais je m’accroche...surtout au bras de Stéphane d’ailleurs, qui m’encourage en continu. Je sens la sincérité et la profondeur de sa présence, et oui ça me donne de la force.

Une contraction arrive, monte, monte, monte, je m’accroche, elle redescend un peu, je crois que je vais bientôt souffler, mais non elle remonte encore plus intense, reste perchée là-haut, puis finit par redescendre...Quoi !! Mais c’est quoi ces double-contractions !! Puis une autre arrive moins d’une minute après, tout aussi intense, redescend, puis j’ai enfin une pause de 3 minutes...J’ai l’impression d’être dans une salle de torture, mais je ne vois pas le bourreau...on m’explique qu’avec la provocation les contractions sont souvent plus fortes, plus longues et plus anarchiques que dans le cas d’un accouchement complètement naturel...ah voilà...

Je repense à tous mes week-ends de yoga maternité, l’écoute des témoignages, le travail d’accompagnement des contractions, le souffle, «plonge dans la contraction avec ton souffle, accompagne avec le mouvement de la vague, les contractions sont tes amies », et je ferme tout de suite cette pensée qui me met en colère : les contractions sont des tortures qui déchirent ma chair de l’intérieur, je n’ai jamais autant souffert, je ne maîtrise rien du tout et je suis maintenant quasi en apnée à chaque nouvelle vague...

On me propose le gaz hilarant, je l’accepte, et Stéphane a la mission de me poser le masque sur le visage à chaque fois que je dis « gaz », je prends une bonne inspiration dans le masque, la contraction passe, puis il l’enlève. Souvent, soit le masque est mal posé sur mon visage, soit il m’écrase littéralement le visage pour bien le poser, ce qui m’agace un peu, mais je n’ai même pas l’énergie de batailler avec ça.

On m’examine, il est 14h30, je suis à 3 cm...c’est bien 3h de contractions pour 3 cm, je ne vois pas trop comment je vais tenir, mais au moins ça bouge, c’est encourageant.

On me propose la baignoire, j’accepte. La sage-femme me fait couler un bain bien chaud, j’y entre avec délice, et immédiatement, la douceur de l’eau anesthésie mon corps, me soulage, je prends une grande expir, j’ouvre les yeux...wahou, enfin une pause ! Quel délice ! Je m’installe confortablement dans la baignoire, je sens les contractions arriver, mais elles sont beaucoup plus douces, j’arrive à me mouvoir pour adapter ma position à chaque contraction, ou attraper le tissu et m’y accrocher, oui là je suis bien, je ne veux plus sortir ! Cet état dure environ 15-20 min, puis s’estompe petit à petit, et à nouveau l’intensité revient, de plus en plus, de plus en plus...aïe, moi qui croyais m’en sortir comme ça ! On me propose à nouveau le gaz dans l’eau, j’accepte, 2 ou 3 fois, puis je commence à me sentir vraiment très mal, vertige, nausée, je ne sais plus, mais ce que je sais c’est que je dois sortir de là au plus vite ! Mes jambes me portent à peine quand je sors de l’eau, rouge écarlate, je n’ai pas de force et suis à la merci de la moindre contraction, je transpire, j’étouffe, Stéphane me porte jusque sur la table, je fais une hyperthermie, je suis à 2 doigts de tomber dans les pommes, mais les contractions me ramènent à l’instant présent. On me fait une perfusion d’eau froide, on m’asperge d’eau froide, je bois, pour essayer de faire redescendre la température et calmer le cœur du bébé qui s’est accéléré dans l’histoire. Petit à petit la situation revient au calme, je retrouve mes esprits, je décide de ne plus prendre le gaz, je me sens déprimée, à bout de forces...

La sage-femme m’examine, elle est toute contente de m’annoncer que je suis à 4-5, super vous êtes à la moitié ! cette fois-ci j’ai vraiment pensé que j’allais tomber dans les pommes... Il est 16h30

Je fonds en larmes, je dis à Stéphane que je ne pourrai pas y arriver sans aide, je ne sens plus mon corps qui tremble en continu...nous décidons de demander la péridurale.

L’anesthésiste arrive vers 17h, me parle, me pose la péridurale, me pose des questions auxquelles je réponds sans trop comprendre ce qui m’arrive, et m’annonce que cette contraction sera la dernière que je sentirai aussi fortement. Ok bonne nouvelle ! Il s’en va...et me laisse là, je dois rester couchée sur le dos, encombrée par des fils de tous les côtés. Une contraction passe, puis une autre, et encore une autre...toutes aussi intenses et anarchiques qu’auparavant, je ne comprends pas...La sage-femme vient, me dit que ça va faire effet, me remet une dose de péridurale...non ça ne va pas. Petit à petit la douleur se déporte dans tout le côté gauche de mon corps, j’ai l’impression qu’on m’arrache le côté gauche de l‘intérieur, ça me donne la sensation que le bébé tape contre mon flanc gauche, c’est encore plus douloureux que tout ce que j’ai ressenti jusqu’à maintenant. Je perds patience et presse la sage- femme à réagir, quelque chose ne va pas. Elle le constate mais me dit qu’il faut attendre, on ne peut pas rappeler l’anesthésiste tout de suite, on doit s’assurer que la péridurale ne marche pas. C’est horrible, je ne sais pas comment mettre mon corps, le moindre mouvement accentue la douleur à gauche, mince, non ça ne va pas. Stéphane retourne voir les sage-femmes pour leur dire de faire quelque chose au plus vite, on ne peut pas me laisser comme ça ! Elle se décide à rappeler l’anesthésiste. Il arrive assez vite, mais 1h s’est écoulée depuis la pose de l’anesthésie...tu parles d’une anesthésie ! Il est 18h30.

Il arrive, et dès qu’il me voit, court vers moi et me dit « ah oui, on dirait qu’il y a un problème, vous ne devriez pas avoir mal comme ça ». Ah bon, et il fallait 1h pour me dire ça !? Je suis en colère...contre eux, et contre moi qui ai demandé la péridurale, tout ça pour ça...

Il repose l’anesthésie, et là, le temps s’arrête, tout s’arrête, j’ouvre les yeux, je décrispe mon visage, je prends une grande inspir, et je réalise : Ah c’est ça la péridurale, ah oui en effet, ça soulage !
Je sens que je vais pouvoir faire une pause, me détendre, je sens ce qu’il se passe dans mon corps, mais c’est comme la sourdine d’un piano, l’intensité est étouffée, écrasée, elle n’est qu’une lointaine sensation qui parcourt mon corps, tout à fait acceptable.

Je dis à Stéphane : si tu veux aller aux toilettes, boire ou manger, je crois que c’est le moment ! Il s’empresse de me quitter quelques minutes.

Pendant ce temps, la sage-femme m’examine et me dit : vous êtes à dilatation complète !

Yes, super, ça a drôlement bien avancé pendant ma séance de torture, et finalement la péridurale arrive alors que je suis déjà à complète...bah voilà, c’est comme ça. Je suis contente et soulagée, je vois le bout du tunnel, il est 19h. On me dit : maintenant ça peut prendre environ 2h pour un premier bébé

pour descendre et traverser le bassin, c’est pas fini. Je lui dis que je sens des contractions de poussée, et que je sens le bébé très bas, elle me dit que c’est un peu tôt. Ok, je continue à sentir ces poussées, que je laisse traverser mon corps, je sens enfin un peu de lâcher-prise, je laisse enfin mon corps faire sans lui résister, sans le vivre comme un combat, mais bon c’est plus facile lorsque la douleur est tolérable...

La péridurale commence à s’estomper et je sens de plus en plus le bébé pousser contre mon col. J’insiste auprès de la sage-femme qui m’ausculte lors d’une poussée, et là elle me crie : « ne poussez pas, bébé est juste là ! ». Ah il me semblait bien !!! Tout s’accélère, elle court chercher la gynéco qui était juste derrière la porte prête à intervenir, elles reviennent ensemble. Je leur dis que je ne veux pas rester sur le dos, ça me tape sur le sacrum, et j’ai la sensation de tout bloquer. Elle m’installe sur le côté et place ma jambe sur son épaule de sorte que j’aie un bon appui pour pousser, avec le bassin dégagé. Oui je suis bien, et prête à pousser. Elle me fait toucher la tête du bébé, je sens quelque chose de mou et poilu et ne comprends pas trop, mais c’est sa tête pleine de cheveux ! Je n’en reviens pas !

Et là nous attendons la première contraction, et je l’accompagne en poussant, oui je sens qu’il descend. La sage-femme place 2 doigts au niveau de mon col et me dit : maintenant vous poussez sur mes doigts. Je comprends mieux ce que je dois faire et je localise la sensation. A la prochaine contraction je pousse exactement sur la zone et je sens que le bébé glisse d’un coup ! Quelle étrange sensation, je le sens en travers de mon bassin, en plein milieu du chemin, j’ai envie de continuer à pousser pour qu’il sorte mais elles m’arrêtent : non ne poussez pas. Ok on attend la prochaine contraction, et là elles me disent, on y va, je pousse une nouvelle fois de toutes mes forces, et cette fois-ci il sort complètement, je le sens glisser comme dans un toboggan, et puis plus rien....plus aucune sensation dans mon corps, mais la vision de ce petit corps qui est là, le son de son premier cri, le contact de sa peau contre ma peau...le temps s’arrête, plus rien n’existe, je n’arrive pas à croire qu’il est là, que tout est fini, qu’on y est arrivés, que non seulement l’accouchement est terminé, mais que nous sommes enfin là, tous les 3, après ces 4 ans d’attente, notre bébé est là, et il est sorti en 3 poussées !

Il est 19h41, Soan est né après 8h30 de travail, je suis épuisée mais la femme la plus heureuse du monde en cet instant précis. Je sens une vague d’amour monter depuis mon cœur, comme une boule d’énergie tourbillonner dans ma poitrine et se diriger vers mon bébé, je suis surprise de la force de ce sentiment ... ça y est je suis maman...