Un Éveilleur


Yves-petit
Après Pierre Feuga, voilà que toi aussi, Yves, tu viens de passer de l’autre côté du miroir.
Toi dont la devise était « tout est possible ! », tu viens de nous faire la très mauvaise plaisanterie de « ce » possible-là.
Ton enseignement a laissé, pour qui l’a goûté, des traces indélébiles.
Loin d’être un enseignement de « suivisme », il portait essentiellement sur la compréhension et le développement chez chacun de cet espace de liberté et de créativité qui rend le yoga à sa fonction première, celle d’outil de conscience.
Pour nous qui t’avons accompagné en suivant tes séminaires pendant des années, nous avons reçu le message que tout était déjà là, au plus profond, et que toutes les limitations, tous les voiles, tous les obstacles, peuvent être balayés pour qui vit dans la sincérité, dans la totalité, dans l’enthousiasme et dans la joie cette merveilleuse discipline qui nous relie à la Vie.
Etre libre des conformismes et des tartufferies de la pensée qui, hélas, sévissent aussi dans le monde du yoga, t’a mis un peu en marge de la célébrité. Mais qu’importe. Ce relatif anonymat a fait de toi, comme de Pierre Feuga, de Jacques Thiébault, d’Yvonne Millerand et de bien d’autres, un vrai transmetteur.
Car, tout autant que les rares flambeaux aux noms célèbres, ce sont les maîtres « cachés », anonymes, qui, à travers les âges, ont maintenu en un flot continu et authentique la source vive de cet art majeur qu’est le yoga.
Les sillons que tu as tracés ne sont pas de ceux qui enferment, mais sont plutôt la traîne ample et marquée d’écume du bateau qui va vers le large.
Ils sont ce que tu es à présent… l’océan infini.

Marguerite Aflallo